Sacrée pendaison de crémaillère !


Te voilà te faufilant entre des grappes de spécimens qui, en vrais pros des vernissages, cocktails et autres show-cases, squattent le milieu de la pièce, des petits groupes de trois à cinq personnes qui rient d’un rien tout en buvant une « coupette de champ » et qui picorent mine de rien le buffet mis à disposition.

Cette pendaison de crémaillère ressemble à s’y méprendre à un évènement mondain au vu du nombre de personnes présentes, et ta Maëva semble être plus qu’à son aise. Comment imaginer que ce petit bout de femme deviendrait celle que tu vois en ce moment ? Elle était née hier et là voilà menant sa vie, comme une adulte qu’elle est devenue…

« Oups ! Pardonnez-moi, Monsieur… Monsieur ? »

Et en plus, cette jeune personne qui vient de te marcher sur les pieds n’a aucune idée de ton identité. D’ailleurs, toi non plus, tu ne l’as jamais vu.

« Adrien, je suis Adrien, le père de notre hôtesse.

– Enchantée ! Je suis Jonathan, le … un ami de Maëva.

– Un ami ?

– Oui. Excusez-moi, je vois Charlotte qui m’appelle. Bonne soirée, Monsieur ! ».

Attends, ce Jonathan… Il a hésité avant de dire un ami où j’ai rêvé ? Qui est-il vraiment ? Et impossible de parler à Maëva qui se démène pour que chacun passe une excellente soirée. Elle se débrouille vraiment comme un chef !

Tu n’arrives pas à te faire à l’idée qu’elle n’a plus besoin de toi, en fait.

Mais si ! Elle aura toujours besoin de moi, ma petite fée. Je suis son père et pour toute sa vie, pour toute ma vie. On a toujours besoin de son père, toujours…

Oui, bien entendu, tu es son père jusqu’à la fin de l’éternité si ça peut te faire plaisir. Mais ta Maëva est en âge de prendre ses décisions elle-même. As-tu remarqué comme elle rayonnait au bras de Lauranne ? Elle est belle, elle est jeune, elle a toute sa vie devant elle. Et toi, au fond de toi, tu te plains comme un petit enfant à qui on a enlevé son jouet, tu te sens inutile, comme si ta vie se terminait au moment précis où la crémaillère était pendue.

Arrête de me parler comme ça, c’est faux ce que tu dis ! Je suis fier d’avoir réussi ma mission de père : elle est sortie du nid ; elle prend son envol. J’ai juste peur qu’elle chute avant d’avoir déployé ses ailes, mais je ne doute pas qu’elle vole parce que toute sa vie durant, j’ai été là pour lui apprendre à voler toute seule. Cette crémaillère, c’est le symbole de son envol pour sa vie à elle, et non pas le symbole de sa désertion dans ma vie à moi !

Je ne peux m’empêcher de sourire quand je t’entends parler comme ça. Tu te mens à toi-même sous couvert d’avoir été le meilleur des pères possibles.

Je n’ai pas dit ça non plus ! J’ai fait du mieux que j’ai pu, et crois-moi, je continuerai encore à chaque fois qu’elle m’appellera, et qu’elle soit en couple ou non n’y changera rien. Elle a choisi sa vie, voilà tout. Je ne voyais sa vie comme ça, avec une femme, très charmante au demeurant et qui aime d’un amour fou ma fille bien-aimée. Que de difficultés à affronter encore devant elles ?

« Papa ? Je voudrais te présenter quelqu’un ! Voilà, c’est Jonathan, tu sais, je t’en avais déjà parlé !

– On s’est rencontrés tout à l’heure ! (Jonathan rougit). Tu m’as parlé de lui ? Quand donc ? Je ne m’en souviens pas !

– Oui, tu sais, pour notre projet à Nanette et moi !

– Pardonne-moi, mais là, je dois être fatigué, je ne vois pas bien.

– Ce n’est pas grave, on en reparlera plus tard ! »

Oh pétard ! LE Projet ! Ça y est, ça me revient ! Un enfant… Je ne savais pas que c’était si pressé que cela ! Je l’avais complètement oublié, ce projet. Occulté même ! Et ce Jonathan serait le géniteur ?

Comme d’habitude ! Tout ce qui ne te plait pas, tu le mets bien précieusement dans les oubliettes de ton cerveau. C’est incroyable, ça ! Cela fait cinq ans qu’elles se fréquentent, un an qu’elles t’en parlent et aujourd’hui elles officialisent leur union. Crois-moi, ça a été dur pour ta fille d’organiser tout ça, même s’il n’y a ce soir que les plus proches des unes et des autres. Et toi, qu’as-tu fait pour l’aider, ta Maëva ? Rien ! Enfin, si, lui mettre des bâtons dans les roues, toujours être négatif : vous ne trouverez pas de bailleur qui louera un appart à deux filles, etc. Tu veux que je te rappelle tout ce que tu n’as pas fait, ces six derniers mois ?

Oh ça va ! Pas besoin d’en rajouter ! Si tu savais comme je m’en veux !

Culpabilise si tu veux, si tu crois que ça va changer les choses. Je ne sais plus quoi faire de toi ! Je crois que je vais baisser les bras. Je vais lui demander ma mutation.

A qui veux-tu demander ta mutation ? Ne me raconte pas encore ton histoire d’ange-gardien. Ce soir, j’ai ma dose !

Tu sais très bien à qui je vais la demander : à celui qui m’a envoyé pour te guider. J’avoue ma défaite, tu es un cas incurable. Que ton démon-chaîne t’emmène sur ses sentiers sinueux et souffreteux. Je te laisse, tu es à lui à présent.

Ne fais pas ça ! Ne me laisse pas, pas maintenant ! Je te promets, je vais t’écouter, je vais suivre aveuglément tout ce que tu me diras mais ne pars pas ! Ne me laisse pas à cet autre qui a mauvaise haleine !

Encore des promesses, toujours des promesses. Soit. Je te laisse une dernière chance. Mais n’oublie pas que tu as à chaque instant ton libre-arbitre sur ta vie, tout comme ta fille…

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