photo du jour : le chenal


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(photo prise avec mon tel portable et non retouchée)

Quelques nuages bas ont fait leur apparition lors de la marée montante. La mer s’est retirée, laissant là ces petites boules de coton lumineuses qui s’en iront, ou pas, à la prochaine marée.

Le chenal est nourri par les petites rivières du bord du bassin, et si l’on s’approche en silence, l’on se rend compte que ce n’est pas du tout silencieux : une multitude de bulles d’air éclatent, qui dans la vase, qui dans le peu d’eau… Les crabes se mettent à l’abri de leurs prédateurs, et les oiseaux pêchent un peu, sans grande conviction.

Le soleil est de la partie, l’été est bien là depuis quelques jours. Tiens, cela me fait penser à une petite anecdote…

Alors que j’étais arrêtée à un feu rouge, pour la troisième fois (oui, au même feu, tant il y avait de monde sur la route), un motard s’est arrêté à mon niveau. J’avais la fenêtre ouverte, la radio allumée, et le bras des gens du coin, c’est à dire : bronzé dans une voiture immatriculée dans le 33…

Et là, l’homme à la  belle moustache bien brune et fine, me dit en riant : “oh la la, ça y est, les bouchons sont là, les touristes sont arrivés”, et il riait… d’un rire contagieux, il faut bien le dire : il y avait tant de bonne humeur dedans !

Ce n’est que quand il a démarré que j’ai compris la raison de son hilarité : il était immatriculé dans le 75… Et oui, c’était un touriste ! Ah il m’a donné la patate pour tout le reste de la journée ! Et ça fait du bien !!

Ma cops Karine, son ami Alexis motard délinquant et moi…


Ce texte a été écrit lundi 13/12/2010 en atelier d’écriture spontanée où Alexis et Karine étaient avec moi. Dans un premier temps, nous avions écrit chacun un petit texte à partir de mots inducteurs comme on dit, et nous avions pour consigne de faire un nouveau texte avec au moins deux de nos trois textes.
Ici, les trois textes y sont :
celui de Karine commence ce texte : « Ah voici encore… on sonne à ma porte »
celui d’Alexis termine ce texte : « Je me suis plu à croire….je suis un vrai méchant »
et le mien (qui parle d’amour, comme toujours) : « Pierre, l’architecte,…. plus jamais je ne veux aimer » se trouve au milieu
Tout le reste est de moi. Il me fallait rendre à César ce qui appartient à César ! N’est ce pas important ?


Ah voici encore ce délinquant en moto… Qu’est ce qu’il peut rouler vite sur la neige ! Oh non, il a écrasé la fleur qui seule résistait encore au froid ! Heureusement que j’ai un rideau qui a le même motif que cette fleur. Je me demande ce qu’attend le voisinage pour signer une pétition.
Ah voilà qu’on sonne à ma porte… !
C’est ma cops Karine. Elle le connaît d’ailleurs ce voyou, il faut que je lui en parle !

« Coucou, ma belle ! Comment vas-tu ? Mais ? Que se passe-t-il ? Tu en fais une tête !
– C’est à cause de Pierre, tu te rappelles de lui ? Ma vie est foutue ! Si tu savais, mais si tu savais… J’ai mal, j’ai si mal…
– Pierre ? Voyons ? Ton avocat ?
– Mais non, avec Loïc, c’est fini depuis six mois !! Tu sais bien !
– Non, non, tu ne me l’as pas dit, mais bon, ce n’est pas grave ! Qui est Pierre alors ? Pourquoi me dis-tu que ta vie est foutue ? A trente ans, la vie n’est jamais foutue !
– Je vais te raconter, tu vas comprendre de suite, mais promets-moi de ne pas m’interrompre, sinon je ne pourrais plus… C’est tellement dur, si tu savais…

Pierre, l’architecte, a de sacrés beaux yeux, des yeux tout bleus couleur océan pacifique. Je me suis embarquée comme l’aventurière que je suis, à bord de son beau bateau. Mais hélas, si beau soit-il, je suis tombée. Tombée amoureuse. C’est triste la vie, avoir le cœur couleur neige et se sentir si impuissante, attrapée, menottée par des sentiments aussi puissants !
Après m’avoir ouvert sa porte, emmené à moto dans son chalet au si beau gazon anglais, le rideau s’est brutalement fermée. Son voisinage m’a expliqué qu’il ne l’avait pas vu depuis au moins deux semaines, alors qu’on était là, tous les deux. Je ne comprends pas ! Qu’est ce que cette réaction de délinquant ? Il aurait pu au moins avoir la délicatesse de m’en parler, les yeux dans les yeux.
Qu’il ne veuille plus me voir est déjà si douloureux, mais rester là comme ça, comme tombée du bastingage, c’est terrible ! J’ai l’impression d’avoir joué à la roulette et d’avoir tiré le mauvais numéro…
C’est alors que je l’ai aperçue, à son cou, pendue comme une bienheureuse. Je n’ai pas compris tout de suite, mais le choc m’en a fait perdre la respiration. N’étais-je qu’un bouche-trou dans sa vie ? En plus, je ne voudrais pas dire, mais qu’est ce qu’il peut bien lui trouver ? Etait-elle là avant moi ? Toutes ces questions vont et viennent dans ma tête sans répit, me font courber le dos. J’ai mal. Je suis devenue comme ces roumaines qui font la manche devant les boulangeries, avec des tout-petits dans les bras. J’ai perdu ma raison de vivre, j’ai perdu ma liberté, j’ai perdu mon cœur. J’ai tout perdu. Il ne me reste rien.
Ah si, il me reste encore cette fleur qu’il m’avait offerte la première fois qu’on s’est rencontrés, une rose rouge passion, aussi ardente que le feu qui nous animait.
Puis il m’a vu. Il s’est arrêté net, a poussé la fille, et est venu vers moi. Elle s’est mise à lui courir après mais il ne lui a pas jeté un regard. Et moi je ne voyais que lui. Il m’a parlé. Longtemps. J’ai compris que j’étais son palimpseste, mais je ne suis pas un manuscrit ! Même original ! Alors j’ai attendu qu’il ait fini de parler. Et je suis partie.
Plus jamais, mais alors plus jamais, je ne veux rencontrer d’architecte aux yeux océan pacifique. Plus jamais je ne regarderai les hommes avec le même œil. Plus jamais je ne veux aimer.

– Ne dis pas ça, tu es encore sous le choc, c’est normal de penser ça.
– Et ne me parle pas des proverbes « un de perdu, dix de retrouvés » parce que là, je pète un plomb ! Je n’en veux pas d’autres… Je l’aime lui ! Je n’ai jamais aimé comme ça, c’est ma perle, mon âme sœur, mon amour, celui qu’on ne vit qu’une fois. Et tout ce que je sais, c’est qu’il m’a trahi. »

Karine s’effondre sur le canapé. Je m’approche, mouchoirs en main. Elle en prend un, se mouche en faisant un bruit très peu élégant de trompette. Elle est si touchante avec son mascara qui a coulé. Mon Dieu ! Mais je ne l’ai jamais vu comme ça !
« Ma pauvre Belette ! Que veux-tu que je te dise ? C’est tellement triste, mais tu es forte, tu sais. Laisse le temps au temps, tu finiras par avoir moins mal !
– Oh, ça, c’est que tout le monde me dit en ce moment. »

Karine se lève, marche jusqu’à la fenêtre. « Oh… Tu vois, même ton jardin est au diapason de ma douleur ! Regarde cette pauvre petite fleur toute écrasée… C’est si triste, tellement triste…
– Ah, ça tombe bien que tu m’en parles. Parce que figures-toi que c’est ton ami le motard qui a fait ça !
– Alexis ? Tu en as encore après lui ? C’est dingue ça !! Depuis qu’il habite dans le quartier, tout le monde lui tombe dessus, parce que sa moto fait trop de bruit, parce qu’il écrase ta fleur… Tiens, le voilà qui arrive ! »

Elle l’appelle par la fenêtre : « Alexis ? Ouhou ? Alexis ? Tu veux bien venir deux minutes ? Oui, dans la maison de Marie-Christine ! Ok, nous t’ouvrons ! »

Bien, bien, bien… Me voilà bien ! Karine ne me laisse pas le choix ! Je vais lui ouvrir la porte. Alexis rentre en laissant son casque sur la tête, enfin plus exactement le menton du casque sur son front… Ça commence bien !

« Alexis, commence Karine, voilà, Marie-Christine dit que tu lui as écrasé ses fleurs.
– Qu’est ce que c’est que cette histoire encore ? Eh oh, faut arrêter là ! C’est pas parce que je roule à moto que c’est moi qui cause tous les problèmes !
– Oui, lui répondis-je, peut-être, c’est à voir ça ! Mais là, je t’ai vu l’écraser, tu l’as visé, et tu lui as roulé dessus avec délectation !
– Il ne faut pas exagérer, dit Karine. Là, tu laisses tes sentiments prendre le dessus ! »

Et c’est elle qui me dit ça ? Eh bé !

Elle reprend : « Mais qu’est ce qui vous arrive à tous dans ce quartier ? Tu es pourtant un chic type, Alexis, dis-lui toi !
– Lui dire quoi ? Que j’suis un méchant ? Ouaip ! Elle a raison ! Et tu veux savoir pourquoi, Karine ? J’vais t’expliquer…

Je me suis plu à croire pendant très longtemps que la moto était l’égale de l’homme, classifiant ainsi en négatif, des choses comme fleurs, rideaux, beaux flocons de neige et tout le tralala dans la catégorie objet pour dame. Avec de ce palimpseste nébuleux, ma dynamique était faite. J’achetais les accessoires du délinquant notoire, homme trouble officiant en bécane, bandana, lunettes noires, casque au bol… et, en aventurier sans roulette, en méchant des gazons – c’est comme ça que m’appelait ma voisine, voir même tout le voisinage -j’grattais, du pire dingue de la route jusqu’à la famille standard en break ; c’était là où le plaisir était le plus noble à mes yeux, rendez compte ! battre à plate couture les architectes de nos sociétés modernes, moi, l’invincible débile à deux roues, celui qui ne supportait pas, avant c’t’achat incroyable, le fait de prendre simplement le bateau, accroché au bastingage à rendre tripes et boyaux…
Maintenant, je casse les portes et ne donne plus un sou aux moindres roumains, maintenant je suis un vrai méchant. »

Sur ces bonnes paroles, Karine a les yeux qui coulent, des vraies larmes de chagrin. Elle le regarde, puis me regarde et sans un mot se dirige vers la porte d’entrée. Elle sort en laissant la porte ouverte. Je m’élance derrière elle, mais Alexis me rattrape, me dépasse en me bousculant. Sur le perron, elle s’est assise. Alexis aussi. Il passe un bras autour de ses épaules et lui parle doucement à l’oreille. Elle s’arrête de pleurer, le regarde et lui sourit. Avec son mouchoir, il lui essuie les yeux, presque tendrement, comme un grand frère avec sa sœur.
Finalement, c’est un chic type, Alexis. Je ne l’aurai pas cru !!

Quel temps fait-il chez moi ?

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