Un village englouti, le textophoto de Marie-Ange


Textophoto N°3 de Mariessourire

 Nous étions là, tous les deux, assis côte à côte sur les berges de ce lac artificiel. Notre église, où nous nous étions mariés il y a déjà quelques années, était au fond de ce lac.

C’était une petite église de campagne au charme désuet, aux vitraux bleu et jaune, avec une grande porte d’entrée en bois, des carrelages en damier, des rangées de bancs cirés avec amour par les vieilles demoiselles du village. Ma mère y tenait l’harmonium jusqu’à son mariage. Ma grand-mère faisait les cours de catéchisme aux quelques enfants de la paroisse. Mon grand-père avait fait un don pour aider à la réparation du toit de notre église. On l’aimait cet édifice qui avait résisté aux années.

Et puis un jour, "ils" sont venus, porteurs de la mauvaise nouvelle. Ils annonçaient ça comme quelque chose de formidable pour la région, le tourisme. On ne comprenait pas tout ce qu’ils disaient. On était méfiants, inquiets. Ils nous voulaient quoi, ces étrangers ?

Ils voulaient tout simplement créer un lac artificiel. Et pourquoi faire se demandaient ces braves gens ? De l’eau, il y en avait en réserve pas loin, à vol d’oiseau. Pourquoi nous faire quitter nos demeures où nous étions nés de générations en générations ?

L’émotion était vive dans le petit village. Certains disaient que leurs vieux parents ne "s’en remettraient pas"…Comment rayer de la carte ces petites vignes en escalier, qui produisaient un si bon vin ? et Picotin le gentil et courageux petit âne du viticulteur qui apportait son aide précieuse en transportant les grappes de raisins pour être foulées aux pieds, comme jadis ?

On eût beau faire, beau protester, beau manifester notre désespoir…rien n’y fit. Il fallut déménager, emporter tout ce qu’on pouvait de souvenirs. Qui les charrettes, qui les objets des ancêtres, quelques pierres sèches en souvenir, des portails en bois construits par nos anciens avec application, quelques tuiles, des poteries, des plants de fleurs, de rosiers, des graines, des arbustes..Bref, chacun sauvait ce qu’il pouvait, les larmes aux yeux et la rage au coeur.

"Pour ne pas sombrer, j’attends mon heure" geignait grand-mère anéantie. Ce à quoi, le vieux curé qui emportait avec émotion ses objets du culte en lieu sûr, répondait : "pour ne pas tomber, j’ouvre mon coeur". Il était bien le seul à accorder de l’indulgence !

Ainsi, toute une vie allait disparaître, soudainement. "Ils" en avaient le droit. Et notre avis, qu’en faisaient-ils ? C’était la sueur de notre front, des années de labeur, d’économies et on nous donnait quoi en échange ? pas grand’chose, même pas estimés à leur juste valeur. Du gaspillage, du vol en bande organisée grognait le vieux maréchal-ferrand et les autres acquiesçaient en silence, assis sur le banc des palabres, sous le grand saule-pleureur de la place de l’église.

Et un jour, on se rassembla une toute dernière fois, étreints par le chagrin, pour un baiser d’adieu à notre beau village qui a eu son temps de rires et de joies, de repas de noces, de baptêmes et d’enterrements… L’eau a tout recouvert, insidieusement. On la trouvait glauque, traîtresse.

Pourtant aujourd’hui, on était revenu, comme chaque année, revoir les lieux engloutis de notre enfance. Nous en étions là de nos souvenirs émus, lorsqu’on a été intrigué par le manège… d’une grosse carpe, juste devant nous.

"Regarde ! c’est vraiment bizarre !" .

"J’allais te le dire !".

"Suivons-là"!

Et nous avons remonté et roulé nos bas de pantalons kakis pour pouvoir la suivre dans l’eau. Elle nous faisait longer le bord… et stoppa devant une barque amarrée à un ponton. Le clapotis de l’eau, le tangage léger de la barque me donnait d’avance mal au coeur. Je n’ai pas le pied marin du tout.

"Il faut que l’on grimpe dans cette barque".

"Jamais de la vie".

"Obéis, je te dis, je sens que c’est important".

"Allons bon, que je grognais pas rassurée".

On a donc suivi la grosse carpe, sans comprendre où elle voulait nous emmener…Soudain, près de l’affleurement d’une espèce de monticule de terre (en fait une ridicule petite île) ; elle stoppa, nous regarda longuement, et puis plongea.

"mince, que se passe t-il ?"

"Attendons, et ne bouge pas comme ça, tu vas nous faire retourner".

Mes jambes ne me portaient plus, je tremblais. La grosse carpe remonta à la surface. Elle s’approcha et déposa dans la main qu’on lui tendait une petite plaque émaillée, qui avait été blanche autrefois.

"Incroyable : lis toi- même : "Mercerie corsetterie couture"

"Chez Marinette".

"C’est pas à ta grand-mère ? me dit-il ".

"Si, dis-je la voix enrouée, cette plaque était placée juste au-dessus de la poignée qui ouvrait son magasin."

La carpe replongea et ramena une clé rouillée. A cette clé, assez grosse, pendait un anneau et une plaque où étaient gravés le nom de grand-père et celui donné à leur maison du village "Mon doux logis". puis la carpe d’un coup de queue énergique nous dit adieu et s’enfonça dans l’eau trouble du lac. Avec un signe de la main je l’avais remerciée.

Le silence tomba sur nous comme une chappe de plomb. Lentement, on regagna la rive, incrédules. Une fois amarrée, on abandonna la barque du pêcheur et nous nous sommes assis, à nouveau, près de notre panier de pique-nique, tout en serrant les objets remis par l’étrange carpe du lac. C’était notre anniversaire de mariage. Il semblait qu’on entendait sonner les cloches de l’église, du vieux village englouti…

"La boite à biscottes – La boite à discordes"


C’est un dialogue tarabiscoté entre une triscotte et une biscotte.

Elles viennent de se pacser, mais comme dans beaucoup de couples, quelques sujets de discordes sont à l’ordre du jour…. On se bécote, on se pelote, on poiraute, on se cherche des noises, on se complimente, on s’affectionne, bref : c’est l’Amour Fou !

La querelle, un jour de Pentecôte, vient d’une partie de belote que la biscotte a disputée avec le cuisinier de leur restaurant favori, sur le petit port si cher au coeur de notre Marie !, avec ses couchers de soleil et ses plateaux de fruits de mer dé-li-cieux, soit-dit en passant.

C’est un restaurant où les mets mijotent bien comme il faut et où le chef ne chipote pas sur la marchandise…

Je sais que tu joues les dévotes, assène méchamment la triscotte à la biscotte.

Jamais de la vie je ne serai une bigote ! s’insurge la biscotte.

Pousse-toi de là, faut que je tapote les oreillers !

C’est un prétexte, j’étais si bien installée

Et pourquoi je te laisserai déguster ton plateau du petit déjeuner tranquille ? asticote- t’elle sa compagne, la biscotte.

Parce que tes anecdotes sont un pur produit de ton imagination, de ta jalousie maladive.

Je ne supporte plus cette façon qu’il a de te chuchoter le menu à l’oreille ! grogne la triscotte en colère.

Laisse-moi apprécier ma compote, tu chipotes avec tes accusations, tu sabotes mon amitié avec le Chef de notre restaurant favori.

C’est celà, ma petiote, grince- t’elle des dents… tu fricotes avec lui et je dois te laisser faire ?

Donne-moi mon jus d’oranges, mes vitamines, que je le sirote comme antidote à ton venin ! dit la biscotte épuisée.

Il sent l’échalote et sa cuisine : c’est de la gnognote.

Il fait de si bonnes entrecôtes au poivre, chochote la biscotte admirative.

Son entrecôte et sa matelote, même pas en rêve j’en goûte, même pas une cuillérée que j’en grignote à cet ostrogote ! mégote la triscotte en s’époumonant au bord de la crise de miettes.

Passe-moi mon nécessaire à tricoter, demande la biscotte à sa compagne la triscotte, sans bouger de son lit confortable et ne fais pas rouler la pelote, idiote ! se moque t’elle gentiment, toute émue de voir l’amour que lui porte la triscotte.

Dès cet instant, la colère de la triscotte se calme net ! Et ce que la biscotte tricote, sa compagne ne le détricote pas. Ce cache-nez, vous voulez que je vous dise : elle va enfin finir de le tricoter en paix.

Dis- voir ma Loupiote, viens-là que je te ravigote un peu .Et la qualité de ce câlin-là, je peux vous affirmer que ce n’est pas de la camelote !

Marie-Ange

trou-texte n°3 par Marie-Ange


un nuage est tombé

dans la mer,

il n’a pas fait de bruit,

mais je sais qu’il surnage,

qu’il surnage dans ma nuit,

et que j’irai un jour dans mon bateau,

incognito heureux,

et sans prendre le récif.

P.V.

Marie-Ange

"Les Nautiliens de la Baie des naufragés" de Marie-Ange


Pour l’atelier textophoto n°2 de Mariessourire

Ce jour-là, il était parti pêcher de bonne heure. Son bateau était ancré dans la Baie des Naufragés. Le temps semblait complice. Il appréciait de s’isoler un peu, loin du bruit et des soucis quotidiens. Il avait sorti tranquillement tout son matériel de pêche sur le pont et, une fois ses lignes en place, il décapsula une canette de bière et la savoura très lentement. C’est en remarquant que la mer semblait comme aspirée par une pompe gigantesque et que son bateau venait soudain de rompre ses amarres, qu’il fut parcouru d’un frisson d’horreur. Il n’eût que le temps de s’enfermer à l’intérieur de la cabine, lorsque son bateau fut englouti. Pris d’un malaise, il perdit aussitôt connaissance. C’était le dernier souvenir qui lui revenait à l’esprit, maintenant, alors qu’il tentait d’ouvrir les yeux et de bouger son corps endolori. Ses oreilles bourdonnaient et il était pris de tremblements qui lui parcouraient le corps depuis les jambes jusqu’aux épaules. Il prit enfin conscience qu’un silence pesant régnait autour de lui, comme une chappe de plomb et qu’il avait très froid. "Il fait nuit", constatait-il, toujours étonné de se retrouver dans sa cabine de bateau, où régnait un désordre indescriptible. Il s’approcha plus près d’un des hublots et recula, effrayé. Il venait d’apercevoir des formes floues, qui bougeaient derrière le vitrage. C’était glauque mais ça bougeait bel et bien. "C’est un cauchemar" . "Qu’est-ce-que je fiche ici ?" Mais la réalité était bien là. Il eût envie de pleurer, lui, l’homme fort. Il laissa les larmes couler sur ses joues creuses et mal rasées. Abandon, peur, grande solitude l’étreignaient…Il en était rendu à ce stade de ses angoisses, lorsque la porte de sa cabine s’ouvrit doucement. Une forme lumineuse s’insinua dans la pièce sombre. Elle était mouvante, se composant de toutes petites poussières dorées. Très choqué, il avait du mal à réaliser ce qui se passait et fut encore plus surpris d’entendre une voix l’inviter à sortir de cette pièce. En titubant, il se décida à la suivre tout en enjambant à son tour le pont qui tanguait un peu et se retrouva dans un long tunnel. Il venait de réaliser que son bateau était donc enfoui dans l’eau d’un côté et pas de l’autre…Etrange situation…mais au point où il en était… Des torches fixées sur les parois brûlaient et apportaient un peu de lumière. Il marchait en écrasant des coquillages, sous les semelles de ses bottes en plastique et les craquements lui portaient sur les nerfs. Une salle voûtée se dessina devant lui. Un feu dans la cheminée le réconforta. Tout de suite, il se rapprocha de lui, tendant ses mains au-dessus des flammes. Ce n’est qu’après qu’il réalisa qu’on l’observait. Tout un groupe de personnages dorés le dévisageait. On lui apporta à boire et à manger. Le ballet ne cessa que lorsqu’il fut rassasié. "Je ne vous connais pas, mais je voulais vous remercier pour ce chaleureux accueil", bredouilla t-il, persuadé que personne ne comprendrait ses phrases. "Nous sommes les Nautiliens de la Baie des Naufragés", dirent-ils. "Il y a de longues années, ici même, nos bateaux furent pris dans une forte tempête et toute notre flotte de vaisseaux coula. Des êtres étranges nous sauvèrent in-extrémis et nous offrirent l’hospitalité en ces lieux tenus secrets. Depuis, nous sommes immortels. Il semblerait qu’un tsunami est drossé vos côtes et qu’il ait précipité votre embarcation par le fond. Nous avons l’habitude de vivre parmi les épaves éclatées, aux coques éventrées, qui forment un immense cimetière déprimant de bateaux fantômes. Votre épave a été coincée entre notre repaire marin et une anfractuosité rocheuse". Insensiblement, ils avaient l’air de s’entendre, et une sérénité appréciable régnait dans la pièce. "Je ne vous remercierai jamais assez pour ce que vous venez de faire", dit-il, la gorge nouée par l’émotion. "Nous allons vous ramener sur la plage. Mais hélas, votre bateau restera là, parmi les autres épaves !" Longtemps, ils le firent marcher dans une impressionnante et grande buse en béton qui devait, en principe, le conduire à bon port… Une fois que l’ouverture de la lourde porte de sécurité fut actionnée, un beau rayon de soleil pénétra le tunnel et inonda son visage. L’air frais fut le bienvenu. Il se retourna juste pour leur dire adieu et les voir disparaître discrètement. Il reconnut aussitôt l’emplacement où il se trouvait. C’était une des grottes de la Baie des Naufragés. Le sol était jonché d’objets hétéroclites amenés par la tempête ou le tsunami. Il fut horrifié, en marchant sur sa plage, de constater le grand désordre qui régnait partout : bateaux fracassés, pontons brisés, bois flottants, … Son coeur se serra. "Et là-haut ? sur la falaise ? y trouverait-il signe de vie ? sa maison serait-elle encore debout ?" Il tremblait et ses pas se firent lourds. Il chemina sur un petit sentier étroit, recouvert de coquilles d’huîtres brisées, dont les bords avaient leurs herbes hautes complètement desséchées et brûlées, par le sel marin. Le ciel était pourtant redevenu normal. Le soleil brillait. Il vit enfin que son habitation était toujours là, comme si rien ne s’était passé… Il s’assit sur le pas de sa porte, épuisé. Une jeep de l’armée se gara pas loin de sa maison et on lui cria : "Besoin d’aide ?" Il fit non de la tête et se mit à prier…

Atelier Surprise façon Marie-Ange


« Ce soir, c’est le Grand Bal, mets du fard sur tes idées pâles, on va faire tanguer les étoiles bien plus haut  »

Elle relisait inlassablement ces mots, griffonnés à la hâte sur ce beau papier à lettres. Une écriture énergique qui révélait assez le caractère de son auteur.
L’ambiance était morose. Le temps semblait comme suspendu. Elle allait et venait nerveusement dans sa chambre faisant virevolter ses fines dentelles au point de Venise qui ornaient son déshabillé. Ses joues avaient pris des couleurs, ses yeux semblaient de braise, sa perruque frisottée lui tenait chaud, sa poitrine semblait prête à jaillir hors du corset de satin rouge.
Elle venait de rompre le matin même avec un galant de Murano, qui lui avait fait miroiter monts et merveilles. Ah le fat ! ah le bellâtre !. Elle enrageait. La voix de la raison lui murmurait au creux de son oreille qu’elle avait fort bien fait…mais elle était chagrinée, blessée. Et voilà que l’on venait de lui remettre une corbeille de fleurs avec cette correspondance de la part d’un Comte de Venise, rencontré au cours d’un Bal au Palacio Palaisi. Elle prit le temps de réfléchir, minaudant : « Un bien bel homme, l’aventure aurait du piquant, se dit-elle un peu consolée…et puis, je voudrais tant que l’on me fasse tanguer sur les étoiles…et sa phrase est si bien tournée ! » (soupirs). Fébrilement, elle appela sa dame de compagnie. Oubliées la tristesse, la rancœur lorsqu’elle dévala les escaliers du Palais qui la menaient à la gondole, arrimée près du quai Casanova…
Une soirée inoubliable l’attendait et elle eût la surprise de découvrir un amant hors pair dont elle finit par tomber amoureuse.

Marie-Ange

Quel temps fait-il chez moi ?

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