Quiz aux travaux forcés, variation sur la nouvelle de Dino Buzzati


Dans ce grand pénitencier qui se trouve à la périphérie de la ville, réservé aux condamnés aux travaux forcés, il y a une règle, en apparence humaine, mais en réalité plus que cruelle.

A chacun de nous autres, les condamnés à perpétuité, est accordée l’autorisation de se présenter une seule fois en public et de parler à l’assistance pendant une demi-heure. Le détenu, tiré de sa cellule, est conduit sur un balcon du bâtiment extérieur, où se trouvent la direction et les bureaux. Devant lui s’étend la vaste place de la Trinité et c’est là que se réunit la foule pour écouter. Si à la fin du discours la foule applaudit, le condamné est libéré.

Cela peut paraître une indulgence exceptionnelle. Mais ne l’est pas. D’abord la faculté de s’adresser au public, n’est accordée qu’une seule fois, je veux dire une seule fois dans la vie. En second lieu, si la foule répond « non » – comme c’est presque toujours le cas – la condamnation se trouve en un certain sens confirmée par le peuple lui-même et pèse encore davantage sur l’âme du détenu ; pour qui les jours d’expiation deviennent encore plus sombres et amers, après.

Et puis il y a une autre circonstance qui transforme ce espoir en tourment. Le prisonnier ne sait pas quand cette permission de parler lui sera accordée. La décision est entre les mains du directeur du pénitencier. Il peut arriver que l’homme soit conduit sur le balcon à peine une demi-heure après être arrivé à la prison. Mais il n’est pas exclu qu’on le fasse attendre de longues années. ( ….. )

Les gardiens viennent de m’annoncer que c’est mon tour. Il est deux heures de l’après-midi. Dans deux heures je devrai me présenter devant la foule. Mais je n’ai pas peur. Je sais déjà, mot pour mot, ce qu’il convient que je dise. Je crois bien avoir trouvé la réponse juste au terrible quiz. J’ai médité longtemps : pendant neuf ans, alors vous pensez…. Je ne me fais aucune illusion sur le public, il ne sera pas mieux disposé que celui qui a écouté mes malheureux compagnons.

On ouvre la porte de la cellule, on me fait traverser tout le pénitencier, je monte deux étages, j’entre dans une salle très imposante, je sors sur le balcon. Derrière moi on ferme les volets. Je suis seul devant la foule.

J’ai le coeur qui bat si fort dans ma poitrine que je me dis que tous ceux qui me regardent doivent l’entendre. J’avais beau savoir, j’avais beau attendre, j’avais même beau espérer ce moment-là mais en fait, je n’étais pas vraiment préparé à me sentir jeté en pâture tout entier dans une arène pleine de fauves affamés et alléchés par l’odeur de sang. Et en même temps, ils ont l’air d’être là pour passer le temps.

Je m’éclaircis la voix et leur souhaite bien le bonjour. Mes mains tremblent. Je suis sûr qu’ils le voient, tous autant qu’ils sont. Ils attendent avec indifférence et avidité le moment où la défaillance adviendra.

« Bonjour à vous tous ! Cela faisait longtemps que je vous attendais. Pardon que j’attendais notre rencontre. Mais c’est à peine si j’ai eu le temps de me faire belle comme une mariée !

Je me présente, je suis Arthur, un homme de 37 ans, mais surtout celui dont tous les journaux parlaient il y a 10 ans, vous savez, celui que vous recherchiez dans tous les coins de France alors que j’habitais juste en bas de chez vous, ou juste à côté. Vous me croisiez tous les jours. Vous me vendiez votre pain, votre viande, et tout ce qu’un homme avait besoin. Vous étiez tous unanimes : pour vous, j’étais le bon gars à qui l’on pouvait demander la lune et qui irait la chercher et vous la ramener, et emballée encore !

Et un jour, parce que quelqu’un me ressemblait et sur la foi de témoignages d’hommes sûrs d’eux mais que je n’avais jamais vu auparavant, je suis devenu l’ennemi public numéro 1, celui qu’il fallait jeter dans les enfers !

J’ai été cueilli, selon les propres termes du chef de police que j’aperçois au 2ème rang, et que je salue au passage pour avoir fait ce qu’il croyait être son travail. Cueilli et mis dans ce placard effroyable qu’on appelle communément le bagne.

Alors, oui, je vais vous dire que je suis innocent ! Arrêté sur une ressemblance, embastionné parce que j’étais chez moi, tranquille à lire un livre, mais surtout seul, sans témoin, sans chérie qui aurait pu le confirmer. Pas d’alibi, on a notre homme ! Voilà, ça arrangeait tout le monde. Tout le monde, mais personne ne s’est vraiment demandé : et s’il était réellement innocent ? Et voilà comment une erreur humaine se transforme en une effroyable tragédie.

Savez-vous ce qu’est le bagne ? Je vous souhaite de n’avoir jamais à y goûter, sur le prétexte que quelqu’un vous a vu vous enfuir à toutes jambes après qu’il ait entendu un cri à vous glacer les sangs.

L’injustice est dans ce monde. Le doute ne profite qu’aux violeurs, aux meurtriers, et autres criminels. Mais il ne profite jamais aux hommes sincères et loyaux dont je fais partie. Au fond, peu importe ce que vous pensez. Je sais bien que ce que vous voulez, c’est vous délecter de la misère, de la détresse humaine, comme un chien qui se lèche les babines devant un os à ronger.

Vous n’avez accordé aucune clémence aux autres bagnards. Vous ne vous êtes pas non plus demandé si je pouvais être innocent. C’est facile, on trouve un bouc émissaire, et hop, on le met aux bans de la société et le tour est joué. Et tout le monde est content : l’on peut à nouveau respirer, sortir, bouger sans craindre le moindre petit danger…

J’ai une question à vous poser : depuis que vous m’avez enfermé, y a-t-il eu d’autres viols ? La ville est-elle plus sûre depuis que vous m’avez enfermé dans ce bâtiment où l’on devine avec peine la lumière ? Êtes-vous plus heureux depuis que vous me savez hors d’état de nuire ? Avez-vous eu raison de m’éloigner de la vie quotidienne et sans surprise que je menais chaque jour ?

Cette vie que vous n’aviez jamais soupçonnée et qui ne vous intéressait pas, quand c’était avant ce crime affreux commis sur Marie, ma douce Marie, ma chère et tendre Marie ?

Marie. Celle qui illuminait mon coeur quand elle me rendait la monnaie avec son sourire si chaleureux. Celle qui faisait battre mon coeur quand sa main m’effleurait pour me donner le croissant que j’avais osé lui demander de me vendre. Ma Marie qui ne savait rien de mes tendres tourments.

Comment avez-vous pu croire un seul instant que j’avais pu lui faire tant de mal ?

Pourquoi n’a-t-elle survécu pour vous dire que, non, ce n’était pas moi ? Oh oui, pourquoi ?

J’ai attendu et attendu dans ma cellule qu’on vienne me dire que l’on avait trouvé le véritable criminel et que Marie allait être vengée. Mais vous m’avez emmené dans ce tribunal où a eu lieu ce simulacre d’audience.

Heureux étiez-vous quand le verdict est tombé : COUPABLE ! Mes oreilles ne cesseront jamais d’entendre ce brouhaha d’exaltation que vous avez fait quand ma vie prenait fin.

Et puis vous m’avez enfermé comme un rat que vous me croyez être, un déchet qu’il fallait absolument exclure de la société pour la rendre à nouveau belle et brillante ! »

Une main me touche le bras : il ne me reste que quelques minutes. Je n’ai pas tout dit. Je n’ai pas eu le temps de tout dire, oui, tout ce que j’avais sur le coeur. Je n’ai fait qu’attendre et encore maintenant je ne peux toujours pas me défendre convenablement.

Je me dégage violemment de cette main qui me tient et je m’approche du balcon. Je les regarde tous. Mon regard balaie cette place que je vois pour la dernière fois. Leurs visages sont fermés.

Alors, moi aussi, je ferme les yeux, et d’un geste souple, je passe par-dessus le balcon pour retrouver ma liberté et ma dignité. Et avant d’atteindre le sol pavé, j’entends les applaudissements de la foule.

Trop tard, me dis-je. Puis c’est le choc. Le noir. Le néant. J’en ai fini.

Atelier n°77 de Ghislaine


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Atelier n°77

Juste avant son départ, ô comme cela me coûte encore de le dire, ta sœur m’avait laissé son petit chat, Madison, à la maison. Elle m’avait dit qu’il était doux et très affectueux, et que je n’aurai aucun souci avec lui. Certes Madison est aujourd’hui tendre et câlin, mais ce qu’elle m’avait caché, c’est qu’il était aussi très méfiant !

Il m’avait fallu du temps pour apprivoiser le minou, pour le mettre en confiance. Il daignait tout juste sortir du dessous du canapé pour aller manger et faire ses besoins. Et ça a duré pendant plus d’un mois. Quand je rentrais, le papier peint du couloir était déchiré. Bon d’accord, il avait fait son temps, mais quand même, je n’avais pas prévu de le changer aussi tôt. Un soir, j’ai même eu la désagréable surprise de trouver une crotte sur le paillasson de l’entrée ! Que de bêtises faites en seulement quelques heures ! Mais dès que je mettais la clé dans la serrure, Madison disparaissait inexorablement sous le canapé…

Mais à présent, tout va beaucoup mieux. Il vient s’asseoir près de moi, l’air un peu interrogateur. Si je regarde la télé, son regard va de la télé à moi, puis de nouveau à la télé : il a l’air de se demander si je ne suis pas un peu bizarre de regarder une boite à images et à son. Parfois, il se roule en boule à côté de moi, pour nous tenir chaud. Ou peut-être parce qu’il a besoin d’un peu de réconfort ? Peut-être ta sœur lui manque-t-elle, à lui aussi ?

Ma vie a changé depuis qu’il est là. Impossible de tricoter tranquille ! Non, la pelote, les aiguilles, tout cela est fort intéressant et il saute sur la laine, sur les mailles… Je crois qu’il pense que je m’amuse moi aussi ! Alors je suis désolée, mais je ne crois pas que je pourrais finir le pull que tu m’as demandé pour Noël, mon fils chéri.

J’aime la présence et la vie que Madison met dans la maison, et dans ma vie aussi. Je me suis habituée à lui, à ses poils qu’il met partout, jusque dans mon lit ! Quel canaillou ! Il sait bien pourtant qu’il n’a pas le droit d’aller dedans, mais comme on dit : quand le chat n’est pas là, les souris dansent !

Tous les jours, je pense à elle quand je regarde son chat. Et je me dis que j’aurais tellement préféré que ce soit elle qui soit là, à mes côtés, à m’embêter avec ses histoires de mandalas, de naturopathe, de… En vrai, elle ne m’embêtait pas, mais j’ai toujours aimé la taquiner avec sa formation de coach en art-thérapie ! Et puis quelle drôle d’idée d’appeler son chat d’un nom de danse ! Elle disait que c’était le chat lui-même qui avait choisi son nom, comment croire une chose pareille ! Enfin, ça c’était avant. Car je vois bien que ce petit chat de 3 kg 650 comprend tout ce que je lui dis. Et quand je suis trop triste, il vient s’allonger près de moi, et pose sa patte sur ma cuisse, l’air de dire que tout ira bien et que ta sœur est bien, là où elle est, et qu’elle nous aime toujours.

Tous les jours, je me dis que grâce à Madison, j’ai encore un petit bout d’elle avec moi. Mon amour pour elle est tout entier dans mon coeur, il ne peut pas disparaître. Jamais ! Six mois qu’elle est partie, pour toujours, vaincue par ce foutu crabe qui a eu sa peau !

Six mois, et c’est encore hier.

Mon coeur de mère n’accepte pas. Il ne peut pas accepter.

J’aurais tellement préféré qu’il me prenne à sa place, qu’elle ne souffre pas, ni qu’elle soit si fatiguée.

J’aurais tellement préféré que ce soit moi.

Mon coeur de mère te dit de prendre soin de toi, mon fils chéri, car je n’ai plus que toi. Et Madison.

Je vous aime tellement.

Je vous aime. Tendrement. Follement.

Inconditionnellement.

Pour toujours

06/11/2018

Journal intime de Mariessourire

Oyez oyez amis blogueurs !


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J’ai une grande annonce à vous faire ! Mettons les petits plats dans les grands… Le tapis rouge est déployé ? Oui ? Alors roulements de tambour ! Éclaircissement de la voix…

« Oyez oyez amis blogueurs !

Oyez la bonne nouvelle que je vous apporte !

J’ai l’immense joie et le grand honneur de vous annoncer qu’à compter de cette semaine sera publiée ici même une nouvelle co-écrite par Maitre Renard et moi-même !

Le thème ? Voyons, nous sommes en février… Ciel !! Je vous ai tout dévoilé !!

La date de sortie ? Mercredi, comme tout bon film qui se respecte ! Oui, même si ce n’est pas un film. Et le festival devrait se terminer samedi si nous avons les meilleurs auspices ! (croisez les doigts !)

Je vous remercie de votre attention et vous dis à mercredi ! »

Belle et merveilleuse journée !

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. photos trouvées sur le net

Le Froid


Le froid est passé ; fini, terminé, je ne veux plus en entendre parler !

Evidemment, chaque fois que j’ouvre mon congélateur, qu’une vapeur froide s’en échappe, je me retrouve confrontée à la réalité que le froid existe toujours… Mais mince, j’en ai soupé de ce froid glacial qui me rentrait dans tous les pores de la peau ! Ce froid qui me faisait glisser pour me faire tomber ! Ce froid qui changeait jusqu’au paysage le plus connu… Heureusement, l’océan s’il a froid, lui ne gèle pas, du moins par chez moi !

Je préfère ne pas penser au Pôle Nord, brrr… Du blanc partout, une nuit sans fin, des températures qui ne connaissent jamais le positif ! Ah, qu’est ce qu’on est bien à la maison, sous une bonne couette, en train de lire la dernière nouveauté de la bibliothèque, une tasse de chocolat chaud à la main…

Quand même, on n’est que fin Février, le froid reviendra peut-être nous narguer ? Oh, à cette idée, tous mes poils se redressent, mes cheveux deviennent électriques et ma peau se sèche instantanément… Vite un baume nourrissant sur mes lèvres avant qu’elles ne gercent ! Trop tard…

Vous croyez vraiment, vous, que le printemps est à notre porte ? Je ne le pense pas. D’accord, j’ai vu le premier crocus éclore hier… Violet, il illumine la pelouse abîmée par cet hiver rigoureux que nous avons eu. Ne vous moquez pas, ce n’est pas parce que je n’ai pas eu -17° ni 20 cm de neige que je n’ai pas connu cet épisode sibérien !! Le mimosa tremble d’effort et le cerisier bourgeonne à qui mieux mieux, mais s’il vous plait, Dame Nature, ne les faites pas grandir trop vite ! Une vague de froid tardive est toujours à craindre !!

Je ne sais pas si je serai entendue… Le soleil est de la partie, il réchauffe la terre toute entière, les oiseaux se sont parés de leurs couleurs d’amour… Mais l’hiver n’est pas fini… Quel est le dicton déjà ? Ah oui, en Avril, ne te découvre pas d’un fil… et on n’est que fin février… Avec un jour supplémentaire, histoire de faire durer le plaisir, n’est-ce-pas ?

Bon, je vais me concentrer sur une idée positive : il fait beau, il ne fera plus jamais froid avant l’année prochaine… Zut, c’est une phrase négative ! Voyons voir… Il fera un soleil magnifique la journée, il pleuvra uniquement la nuit, les journées seront lumineuses et les nuages oublieront de passer devant la lune ! Yes, ça y est, je me sens mieux ! Super positive, comme tous ceux qui croient que l’hiver et le froid sont définitivement derrière nous… J’y crois, j’y crois… J’y crois pas du tout !!!

Je ne vais pas remiser mon écharpe, mon bonnet et mes gants… Qui vivra verra… Il ne vaut mieux pas tenter le loup… ni fermer les yeux…

Bonne journée toute chaude dans votre coeur et toute ensoleillée à vous !

Sourire

Luttons contre les virus…


Lavage de mains, Gelée royale pour booster les défenses immunitaires, Eucalyptus dilué dans de l’eau chaude pour supprimer méchants microbes et qui laisse un parfum délicieux dans les pièces… Voilà le minimum qu’on peut faire !

Mais ça ne suffit pas ! Alors levons les armées !! Mettons en route tous nos vaisseaux de combats, l’entraînement a assez duré, il nous faut passer à l’étape supérieure…

Aux armes, sous-marins ! Missiles chargés, vous partez déposer nos soldats au front ! Votre mission, si vous l’acceptez, c’est de déboucher les sinus et de virer à la frontière tous les émigrés sans papiers ! Et si vous ne l’acceptez pas, nous vous traiterons comme nous traitons nos ennemis…

Pas de pitié ! Vous avez carte blanche pour les envahir, les affaiblir, les détruire ! Etudiez leur mode de fonctionnement pour que nous leur coupions l’herbe sous les pieds. Il ne sera pas dit qu’ils trouveront le champ libre !

Et moi votre chef, je serai là, avec vous, au premier plan, dans le premier sous-marin. Je serai avec vous pour les anéantir, et je vous formerai aussi dans le cas où ils me vaincraient. Que chacun d’entre vous se tienne prêt à me remplacer afin qu’ils trouvent toujours plus fort qu’eux.

Nous devons retrouver notre intégrité, colmater les brèches qu’ils ont créés. A vous, laborantins, la mission de nous créer des potions magiques pour les empêcher de recommencer. A vous de modifier nos gênes afin de nous rendre invulnérables à une prochaine attaque.

A chacun, vous êtes indispensable. Comme l’a dit Gandhi, « Quoi que vous ferez, ce sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez. »

Nous ne rendrons pas les armes, mais nous vaincrons !

Et la paix reviendra !

Ma cops Karine, son ami Alexis motard délinquant et moi…


Ce texte a été écrit lundi 13/12/2010 en atelier d’écriture spontanée où Alexis et Karine étaient avec moi. Dans un premier temps, nous avions écrit chacun un petit texte à partir de mots inducteurs comme on dit, et nous avions pour consigne de faire un nouveau texte avec au moins deux de nos trois textes.
Ici, les trois textes y sont :
celui de Karine commence ce texte : « Ah voici encore… on sonne à ma porte »
celui d’Alexis termine ce texte : « Je me suis plu à croire….je suis un vrai méchant »
et le mien (qui parle d’amour, comme toujours) : « Pierre, l’architecte,…. plus jamais je ne veux aimer » se trouve au milieu
Tout le reste est de moi. Il me fallait rendre à César ce qui appartient à César ! N’est ce pas important ?


Ah voici encore ce délinquant en moto… Qu’est ce qu’il peut rouler vite sur la neige ! Oh non, il a écrasé la fleur qui seule résistait encore au froid ! Heureusement que j’ai un rideau qui a le même motif que cette fleur. Je me demande ce qu’attend le voisinage pour signer une pétition.
Ah voilà qu’on sonne à ma porte… !
C’est ma cops Karine. Elle le connaît d’ailleurs ce voyou, il faut que je lui en parle !

« Coucou, ma belle ! Comment vas-tu ? Mais ? Que se passe-t-il ? Tu en fais une tête !
– C’est à cause de Pierre, tu te rappelles de lui ? Ma vie est foutue ! Si tu savais, mais si tu savais… J’ai mal, j’ai si mal…
– Pierre ? Voyons ? Ton avocat ?
– Mais non, avec Loïc, c’est fini depuis six mois !! Tu sais bien !
– Non, non, tu ne me l’as pas dit, mais bon, ce n’est pas grave ! Qui est Pierre alors ? Pourquoi me dis-tu que ta vie est foutue ? A trente ans, la vie n’est jamais foutue !
– Je vais te raconter, tu vas comprendre de suite, mais promets-moi de ne pas m’interrompre, sinon je ne pourrais plus… C’est tellement dur, si tu savais…

Pierre, l’architecte, a de sacrés beaux yeux, des yeux tout bleus couleur océan pacifique. Je me suis embarquée comme l’aventurière que je suis, à bord de son beau bateau. Mais hélas, si beau soit-il, je suis tombée. Tombée amoureuse. C’est triste la vie, avoir le cœur couleur neige et se sentir si impuissante, attrapée, menottée par des sentiments aussi puissants !
Après m’avoir ouvert sa porte, emmené à moto dans son chalet au si beau gazon anglais, le rideau s’est brutalement fermée. Son voisinage m’a expliqué qu’il ne l’avait pas vu depuis au moins deux semaines, alors qu’on était là, tous les deux. Je ne comprends pas ! Qu’est ce que cette réaction de délinquant ? Il aurait pu au moins avoir la délicatesse de m’en parler, les yeux dans les yeux.
Qu’il ne veuille plus me voir est déjà si douloureux, mais rester là comme ça, comme tombée du bastingage, c’est terrible ! J’ai l’impression d’avoir joué à la roulette et d’avoir tiré le mauvais numéro…
C’est alors que je l’ai aperçue, à son cou, pendue comme une bienheureuse. Je n’ai pas compris tout de suite, mais le choc m’en a fait perdre la respiration. N’étais-je qu’un bouche-trou dans sa vie ? En plus, je ne voudrais pas dire, mais qu’est ce qu’il peut bien lui trouver ? Etait-elle là avant moi ? Toutes ces questions vont et viennent dans ma tête sans répit, me font courber le dos. J’ai mal. Je suis devenue comme ces roumaines qui font la manche devant les boulangeries, avec des tout-petits dans les bras. J’ai perdu ma raison de vivre, j’ai perdu ma liberté, j’ai perdu mon cœur. J’ai tout perdu. Il ne me reste rien.
Ah si, il me reste encore cette fleur qu’il m’avait offerte la première fois qu’on s’est rencontrés, une rose rouge passion, aussi ardente que le feu qui nous animait.
Puis il m’a vu. Il s’est arrêté net, a poussé la fille, et est venu vers moi. Elle s’est mise à lui courir après mais il ne lui a pas jeté un regard. Et moi je ne voyais que lui. Il m’a parlé. Longtemps. J’ai compris que j’étais son palimpseste, mais je ne suis pas un manuscrit ! Même original ! Alors j’ai attendu qu’il ait fini de parler. Et je suis partie.
Plus jamais, mais alors plus jamais, je ne veux rencontrer d’architecte aux yeux océan pacifique. Plus jamais je ne regarderai les hommes avec le même œil. Plus jamais je ne veux aimer.

– Ne dis pas ça, tu es encore sous le choc, c’est normal de penser ça.
– Et ne me parle pas des proverbes « un de perdu, dix de retrouvés » parce que là, je pète un plomb ! Je n’en veux pas d’autres… Je l’aime lui ! Je n’ai jamais aimé comme ça, c’est ma perle, mon âme sœur, mon amour, celui qu’on ne vit qu’une fois. Et tout ce que je sais, c’est qu’il m’a trahi. »

Karine s’effondre sur le canapé. Je m’approche, mouchoirs en main. Elle en prend un, se mouche en faisant un bruit très peu élégant de trompette. Elle est si touchante avec son mascara qui a coulé. Mon Dieu ! Mais je ne l’ai jamais vu comme ça !
« Ma pauvre Belette ! Que veux-tu que je te dise ? C’est tellement triste, mais tu es forte, tu sais. Laisse le temps au temps, tu finiras par avoir moins mal !
– Oh, ça, c’est que tout le monde me dit en ce moment. »

Karine se lève, marche jusqu’à la fenêtre. « Oh… Tu vois, même ton jardin est au diapason de ma douleur ! Regarde cette pauvre petite fleur toute écrasée… C’est si triste, tellement triste…
– Ah, ça tombe bien que tu m’en parles. Parce que figures-toi que c’est ton ami le motard qui a fait ça !
– Alexis ? Tu en as encore après lui ? C’est dingue ça !! Depuis qu’il habite dans le quartier, tout le monde lui tombe dessus, parce que sa moto fait trop de bruit, parce qu’il écrase ta fleur… Tiens, le voilà qui arrive ! »

Elle l’appelle par la fenêtre : « Alexis ? Ouhou ? Alexis ? Tu veux bien venir deux minutes ? Oui, dans la maison de Marie-Christine ! Ok, nous t’ouvrons ! »

Bien, bien, bien… Me voilà bien ! Karine ne me laisse pas le choix ! Je vais lui ouvrir la porte. Alexis rentre en laissant son casque sur la tête, enfin plus exactement le menton du casque sur son front… Ça commence bien !

« Alexis, commence Karine, voilà, Marie-Christine dit que tu lui as écrasé ses fleurs.
– Qu’est ce que c’est que cette histoire encore ? Eh oh, faut arrêter là ! C’est pas parce que je roule à moto que c’est moi qui cause tous les problèmes !
– Oui, lui répondis-je, peut-être, c’est à voir ça ! Mais là, je t’ai vu l’écraser, tu l’as visé, et tu lui as roulé dessus avec délectation !
– Il ne faut pas exagérer, dit Karine. Là, tu laisses tes sentiments prendre le dessus ! »

Et c’est elle qui me dit ça ? Eh bé !

Elle reprend : « Mais qu’est ce qui vous arrive à tous dans ce quartier ? Tu es pourtant un chic type, Alexis, dis-lui toi !
– Lui dire quoi ? Que j’suis un méchant ? Ouaip ! Elle a raison ! Et tu veux savoir pourquoi, Karine ? J’vais t’expliquer…

Je me suis plu à croire pendant très longtemps que la moto était l’égale de l’homme, classifiant ainsi en négatif, des choses comme fleurs, rideaux, beaux flocons de neige et tout le tralala dans la catégorie objet pour dame. Avec de ce palimpseste nébuleux, ma dynamique était faite. J’achetais les accessoires du délinquant notoire, homme trouble officiant en bécane, bandana, lunettes noires, casque au bol… et, en aventurier sans roulette, en méchant des gazons – c’est comme ça que m’appelait ma voisine, voir même tout le voisinage -j’grattais, du pire dingue de la route jusqu’à la famille standard en break ; c’était là où le plaisir était le plus noble à mes yeux, rendez compte ! battre à plate couture les architectes de nos sociétés modernes, moi, l’invincible débile à deux roues, celui qui ne supportait pas, avant c’t’achat incroyable, le fait de prendre simplement le bateau, accroché au bastingage à rendre tripes et boyaux…
Maintenant, je casse les portes et ne donne plus un sou aux moindres roumains, maintenant je suis un vrai méchant. »

Sur ces bonnes paroles, Karine a les yeux qui coulent, des vraies larmes de chagrin. Elle le regarde, puis me regarde et sans un mot se dirige vers la porte d’entrée. Elle sort en laissant la porte ouverte. Je m’élance derrière elle, mais Alexis me rattrape, me dépasse en me bousculant. Sur le perron, elle s’est assise. Alexis aussi. Il passe un bras autour de ses épaules et lui parle doucement à l’oreille. Elle s’arrête de pleurer, le regarde et lui sourit. Avec son mouchoir, il lui essuie les yeux, presque tendrement, comme un grand frère avec sa sœur.
Finalement, c’est un chic type, Alexis. Je ne l’aurai pas cru !!

A l’heure du coucher de soleil


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« Les enfants ? Venez voir ce superbe coucher de soleil ! Regardez comme la lumière est dorée derrière les nuages qui en deviennent tout dorés aussi ! »

Pas d’enfant… Cela ne les intéresse pas le moins du monde. Pourtant contempler le spectacle toujours magique d’un coucher de soleil, preuve de l’élan vital de la nature, c’est tellement apaisant. C’est un ressourcement, un moment où l’on se recentre sur les vraies priorités de la vie.

Mais eux préfèrent jouer qui sur la console, qui sur l’ordinateur quant au petit dernier il se défoule sur sa guitare au point que c’est juste hérissant pour mes oreilles.

« Les enfants ! Ce n’est plus le moment de jouer. Allez hop hop hop on éteint tout ! C’est l’heure d’aller se laver les dents et de se mettre en pyjama, et ce n’est pas la peine de rouspéter sinon j’arrête manu militari vos engins électroniques ! »

Rien à faire ! Autant parler à un mur, j’aurai certainement plus de réponse ! Ah ? Le plus grand daigne se manifester d’un « mm ok M’man, c’est bon, j’éteins… quand j’aurai fini ma partie ». Je crois que je ne me suis pas bien fait comprendre ! J’ai dit stop !

« Non, Emilien, c’est maintenant que tu arrêtes et si tu ne le fais pas, à trois, je débranche ta console !

– Nooon !! Steuplait M’man, faut que j’sauvegarde sinon faudra que j’r’commence tout !

– J’ai dit non, et parle-moi dans un langage correct s’il te plait ! Et toi, Maximilien, tu arrêtes l’ordinateur. Mais ? Sur quel site es-tu ? C’est un site non agréé par mon contrôle parental, ça fait cent mille fois que je te dis de ne pas y aller, tu es têtu comme une mule ma parole ! Allez zou, tu files dans la salle de bains et pas un mot ! Pour la peine, demain, tu seras de corvée de vaisselle !! »

Ce n’est pas possible… Ce soir, ils veulent ma peau ! Au secours, je sens le pétage de plomb arriver !! Allez respire, ma grande, ça va aller… Ils vont aller se coucher tranquillou.

Au moins le petit t’a écouté, c’est déjà ça. Tiens je vais aller lui faire un bisou dans la salle de bains. Mais ? Mais ? Aurélien !! Ce n’est pas possible ! Ce n’est plus une salle de bains, c’est une piscine !!

Allez hop au lit tout le monde, extinction des feux et pas d’histoire ! Non mais…

image trouvée sur le net

Sacrée pendaison de crémaillère !


Te voilà te faufilant entre des grappes de spécimens qui, en vrais pros des vernissages, cocktails et autres show-cases, squattent le milieu de la pièce, des petits groupes de trois à cinq personnes qui rient d’un rien tout en buvant une « coupette de champ » et qui picorent mine de rien le buffet mis à disposition.

Cette pendaison de crémaillère ressemble à s’y méprendre à un évènement mondain au vu du nombre de personnes présentes, et ta Maëva semble être plus qu’à son aise. Comment imaginer que ce petit bout de femme deviendrait celle que tu vois en ce moment ? Elle était née hier et là voilà menant sa vie, comme une adulte qu’elle est devenue…

« Oups ! Pardonnez-moi, Monsieur… Monsieur ? »

Et en plus, cette jeune personne qui vient de te marcher sur les pieds n’a aucune idée de ton identité. D’ailleurs, toi non plus, tu ne l’as jamais vu.

« Adrien, je suis Adrien, le père de notre hôtesse.

– Enchantée ! Je suis Jonathan, le … un ami de Maëva.

– Un ami ?

– Oui. Excusez-moi, je vois Charlotte qui m’appelle. Bonne soirée, Monsieur ! ».

Attends, ce Jonathan… Il a hésité avant de dire un ami où j’ai rêvé ? Qui est-il vraiment ? Et impossible de parler à Maëva qui se démène pour que chacun passe une excellente soirée. Elle se débrouille vraiment comme un chef !

Tu n’arrives pas à te faire à l’idée qu’elle n’a plus besoin de toi, en fait.

Mais si ! Elle aura toujours besoin de moi, ma petite fée. Je suis son père et pour toute sa vie, pour toute ma vie. On a toujours besoin de son père, toujours…

Oui, bien entendu, tu es son père jusqu’à la fin de l’éternité si ça peut te faire plaisir. Mais ta Maëva est en âge de prendre ses décisions elle-même. As-tu remarqué comme elle rayonnait au bras de Lauranne ? Elle est belle, elle est jeune, elle a toute sa vie devant elle. Et toi, au fond de toi, tu te plains comme un petit enfant à qui on a enlevé son jouet, tu te sens inutile, comme si ta vie se terminait au moment précis où la crémaillère était pendue.

Arrête de me parler comme ça, c’est faux ce que tu dis ! Je suis fier d’avoir réussi ma mission de père : elle est sortie du nid ; elle prend son envol. J’ai juste peur qu’elle chute avant d’avoir déployé ses ailes, mais je ne doute pas qu’elle vole parce que toute sa vie durant, j’ai été là pour lui apprendre à voler toute seule. Cette crémaillère, c’est le symbole de son envol pour sa vie à elle, et non pas le symbole de sa désertion dans ma vie à moi !

Je ne peux m’empêcher de sourire quand je t’entends parler comme ça. Tu te mens à toi-même sous couvert d’avoir été le meilleur des pères possibles.

Je n’ai pas dit ça non plus ! J’ai fait du mieux que j’ai pu, et crois-moi, je continuerai encore à chaque fois qu’elle m’appellera, et qu’elle soit en couple ou non n’y changera rien. Elle a choisi sa vie, voilà tout. Je ne voyais sa vie comme ça, avec une femme, très charmante au demeurant et qui aime d’un amour fou ma fille bien-aimée. Que de difficultés à affronter encore devant elles ?

« Papa ? Je voudrais te présenter quelqu’un ! Voilà, c’est Jonathan, tu sais, je t’en avais déjà parlé !

– On s’est rencontrés tout à l’heure ! (Jonathan rougit). Tu m’as parlé de lui ? Quand donc ? Je ne m’en souviens pas !

– Oui, tu sais, pour notre projet à Nanette et moi !

– Pardonne-moi, mais là, je dois être fatigué, je ne vois pas bien.

– Ce n’est pas grave, on en reparlera plus tard ! »

Oh pétard ! LE Projet ! Ça y est, ça me revient ! Un enfant… Je ne savais pas que c’était si pressé que cela ! Je l’avais complètement oublié, ce projet. Occulté même ! Et ce Jonathan serait le géniteur ?

Comme d’habitude ! Tout ce qui ne te plait pas, tu le mets bien précieusement dans les oubliettes de ton cerveau. C’est incroyable, ça ! Cela fait cinq ans qu’elles se fréquentent, un an qu’elles t’en parlent et aujourd’hui elles officialisent leur union. Crois-moi, ça a été dur pour ta fille d’organiser tout ça, même s’il n’y a ce soir que les plus proches des unes et des autres. Et toi, qu’as-tu fait pour l’aider, ta Maëva ? Rien ! Enfin, si, lui mettre des bâtons dans les roues, toujours être négatif : vous ne trouverez pas de bailleur qui louera un appart à deux filles, etc. Tu veux que je te rappelle tout ce que tu n’as pas fait, ces six derniers mois ?

Oh ça va ! Pas besoin d’en rajouter ! Si tu savais comme je m’en veux !

Culpabilise si tu veux, si tu crois que ça va changer les choses. Je ne sais plus quoi faire de toi ! Je crois que je vais baisser les bras. Je vais lui demander ma mutation.

A qui veux-tu demander ta mutation ? Ne me raconte pas encore ton histoire d’ange-gardien. Ce soir, j’ai ma dose !

Tu sais très bien à qui je vais la demander : à celui qui m’a envoyé pour te guider. J’avoue ma défaite, tu es un cas incurable. Que ton démon-chaîne t’emmène sur ses sentiers sinueux et souffreteux. Je te laisse, tu es à lui à présent.

Ne fais pas ça ! Ne me laisse pas, pas maintenant ! Je te promets, je vais t’écouter, je vais suivre aveuglément tout ce que tu me diras mais ne pars pas ! Ne me laisse pas à cet autre qui a mauvaise haleine !

Encore des promesses, toujours des promesses. Soit. Je te laisse une dernière chance. Mais n’oublie pas que tu as à chaque instant ton libre-arbitre sur ta vie, tout comme ta fille…

Pénurie !


« Il était un temps que je ne te souhaite pas de vivre, ma petite fille, un temps où tout était plus que difficile, un temps où la guerre faisait rage et où l’on ne trouvait guère de quoi manger ».

Emma sourit. Comme d’habitude, Bonne-Maman repart dans ses souvenirs dès qu’on prononce le mot pénurie. A peine ce mot évoqué, là voilà partie remplir ses placards au cas où la pénurie se ferait plus dense.

« Les pommes de terre, on n’en trouvait plus. On avait le choix entre topinambour et topinambour ; et pour le café, c’était de la chicorée et encore, pour les plus chanceux ».

A la télé, le JT n’en finit plus de ses mauvaises nouvelles, à croire que les journalistes ne connaissent que les mots crise, grève, manque, escargot, manifestations…

Et à chaque fois, Bonne-Maman s’inquiète pour le futur, stocke le riz, la farine, le sucre et bien entendu le café en cas de vaches maigres, comme elle dit.

Les vaches maigres, c’est une expression parlante, on voit bien les cotes des vaches saillir de leur ventre qui n’existe plus, pour cause d’herbes inexistantes à ruminer.

Bonne-Maman s’inquiète pour mon placard également ; cela me fait sourire. Mais je n’avouerai pas mon angoisse à l’idée de trouver la station-service vide demain matin, quand je devrai faire le plein de la voiture. Comment aller travailler sans voiture aujourd’hui ? Comment vivre s’il y a pénurie ?

Moi qui n’arrête pas de dire : « à chaque jour suffit sa peine » et « demain se souciera de lui-même », je dois bien le dire, tout cela commence à me travailler.

Car dans notre société de consommation, le vide n’a pas le droit d’exister et tout manque doit être comblé. Que de pressions !

Et si Bonne-Maman avait raison ?

la dernière lettre


Mes chers enfants, mon tendre et cher mari,

Je vais commencer cette lettre par une histoire, une histoire vraie, une histoire qui dit en entier l’histoire, sans mettre de côté la vérité.

C’est l’histoire de Jeannot, le fils de Lolotte, celle qui a enfanté sans jamais donner le nom du père. Vous savez, Jeannot, celui qui habitait la dernière maison du village, la plus isolée. Jeannot, un homme de peu, avait bien eu du mal à avancer dans la vie. Tout était plus difficile pour lui, parce qu’il était le « fils à Lolotte » comme on disait dans le pays. Où qu’il aille, il était reconnu. Non pas qu’il était mal habillé ou sale, non plus qu’il ne savait pas se tenir, mais il était connu comme le loup blanc, comme si son « non-nom » était inscrit sur son front en lettres lumineuses. C’était un infatigable travailleur qui gagnait à la sueur de son front chaque sou qu’il possédait. On ne l’avait jamais vu boire ni jouer et encore moins courir la gueuse ! Les gens du coin pensaient qu’il cachait bien son jeu, qu’il ne pouvait pas être aussi parfait qu’il semblait l’être, surtout quand on savait d’où il venait : c’est-à-dire de nulle part !

Ah ça, on peut dire qu’il en a bavé des ronds de chapeau, cet homme-là ! A toujours devoir défendre son beefsteak, à sans arrêt se battre pour obtenir gain de cause ou simplement un toit pour dormir.

Jeannot faisait peur ! Il faisait peur parce qu’il était différent. Ce n’était pas visible au premier abord, ni même au deuxième. Il était différent parce qu’il avait un secret, et ce secret le rongeait à chaque minute de sa vie. Dans ses yeux, quand on osait le regarder bien en face, ce secret se devinait par une ombre qui passait dans son regard, une étincelle qui venait illuminer le vert-doré de ses prunelles ou par une discrète pâleur qui apparaissait et disparaissait comme par enchantement.

Lolotte n’en avait jamais rien su. Elle était morte de chagrin sitôt que son Jeannot avait quitté sa maison pour vivre sa vie. Cela aussi, il le portait dans son cœur ; il le portait sur son cœur.

Oui, cela faisait partie de son secret : son cœur battait la breloque. La seule fois où il avait franchi le seuil du cabinet, le docteur qui l’examinait avait eu un mouvement de surprise et Jeannot avait cru son secret découvert, surtout quand le médecin lui avait expliqué que son cœur fonctionnait mal.

A la lecture de ces mots, vous pensez peut-être avoir découvert son secret, n’est ce pas ? Vous pensez qu’il était mal aimé et qu’il ne savait pas aimer ? C’est bien mal le connaître.

D’ailleurs, mes chers enfants, si vous lisez cette lettre, c’est que vous êtes chez le notaire et que je ne suis plus de ce monde, tout comme Jeannot dont je vous conte son histoire, si brève soit-elle.

Oui, son cœur battait la breloque, mais il ne pouvait pas l’empêcher de battre de cette manière : parfois si lentement que le temps ralentissait au point qu’il tombait sur ses genoux, les mains sur son cœur ; d’autres fois si vite qu’il avait l’impression que son cœur voulait sortir de son corps et qu’il en devenait tout rouge.

Jeannot, c’était un bon gars, un vrai bon gars comme on n’en fait plus, comme j’aurai voulu que tu sois Antoine, comme tu as fini par devenir Marie.

Tout le monde s’est toujours demandé pourquoi vous ne vous ressembliez pas tant que ça, pourquoi le mariage avec Henri, mon cher et tendre, avait été aussi rapide… C’est que je t’attendais Marie, je t’attendais déjà. Et toi mon doux ami, le mari le plus merveilleux que je n’aurai jamais demandé à avoir, toi tu as été là pour moi à la seconde où je te l’ai demandé. Tu as été là sans jamais juger, prenant tout à ta charge, pour m’éviter le déshonneur.

Car oui, j’avais le béguin, un vrai, un grand, un incroyable béguin pour Jeannot, et c’est lui, ton père, ma belle Marie. Henri l’a toujours su, je ne le lui ai jamais caché mais Jeannot m’avait demandé de partir car si nous nous marions, c’était te priver d’une chance qu’il n’avait jamais eue : avoir un nom. Lui n’était que Jeannot, fils à Lolotte. Il a toujours veillé sur toi, de loin. Il a toujours su ce qui t’arrivait : ton mariage avec Francis, tes deux si beaux enfants, et le dernier prénom qu’il a dit avant son dernier souffle fut le tien Marie.

Antoine, ne me juge pas trop durement même si tu avais deviné. Oui, je t’ai toujours compris sans même que tu aies un mot à dire, et ce soir de Nouvel An, quand tu as aperçu Jeannot, tu as alors regardé Marie d’un œil nouveau.

Vous êtes mes deux plus beaux trésors, soyez heureux maintenant que toute la vérité a été dite. Et toi mon Henri, tu n’as plus à te tracasser, juste à veiller sur nos enfants, notre plus belle réussite. Je vous aime tous.

Tendres Baisers,

Maman.

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