La plage 3ème partie

Elle marche d’un pas décidé, soucieuse de respecter mon rythme. Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté. Par provocation ? Par envie ? Par curiosité ? Difficile à dire.

« Vous ne trouvez pas qu’on a un temps superbe pour un mois de novembre ? me demande-t-elle.

– Si, peut-être. Oui, c’est une journée agréable, finalement.

– Finalement ? Vous êtes d’humeur sombre, cet après-midi, me dit-elle d’une voix douce. La vie est devenue un verre à moitié vide ?

– C’est rien que de le dire… soupiré-je. J’ai… Euh, non, rien !

– Oh vous pouvez me parler, vous savez. Je suis muette comme une carpe, on peut tout me dire, tout ! me dit-elle en me regardant jusqu’au fond des yeux. J’imagine bien que c’est difficile pour vous. Perdre une partie de sa vie, comme ça, en quelques instants… Tout ça par… Il faut que je vous dise quelque chose, moi aussi !

– C’est grave, ce que vous voulez me dire ?

– Un peu, oui ! Hésite-t-elle.

– Alors, attendez avant de me le dire. S’il vous plait, lui dis-je tristement. Je préfère ne pas savoir. »

Elle s’arrête de marcher, se met devant moi, ouvre la bouche pour me répondre mais finalement reprend la marche, d’un pas moins décidé.

« Vous savez, lui dis-je, je vous trouve différente par rapport à hier, du moins de ce que je peux m’en souvenir. Je vous avais trouvé tête en l’air et absorbée par tout un tas de choses au lieu de vous concentrer sur la conduite. Et là, vous êtes pleine d’énergie… Et… Et ça me change ! Chuchoté-je en esquissant un petit sourire.

– C’est gentil ! Donc vous vous rappelez un peu de moi ? Je suis étonnée, je pensais que… vous ne vous souviendriez de rien, en fait ! S’exclame-t-elle.

– Ah, ça, votre coup de frein a remis mon cerveau en ordre ! Il fonctionne un peu mieux, mais j’ai toujours ce trou de quatre années. Ce qui a le don de m’agacer vraiment ! Comment peut-on perdre de si grands instants de sa vie ? Oh, je suis désolé, je ne voulais pas… Je… Désolé, vraiment… bafouillé-je.

– Vous n’avez pas à vous excuser, ça ne m’embête pas ni d’en parler, ni… Non, si ça vous fait du bien, parlons-en, après tout, comme dit l’adage, toute parole est bonne à dire ! » Me répond-elle gravement.

Nous arrivons à un bunker, que de jeunes gens ont décoré, taggé comme ils disent. C’est incroyable ! Je ne croyais pas que ces dessins de ville arriveraient un jour sur la plage… Faut-il que ces jeunes, des ados, soient désœuvrés !!

Je vais pour dépasser cette soi-disant « œuvre d’art » mais elle m’appelle. Elle s’est assise en tailleur, le dos contre le béton froid. Elle met son sac sur ses genoux, l’ouvre et en sort briquettes de jus de fruits et thermos…

« Vous venez ? Qu’est ce que vous préférez ? Jus d’orange ou café bien chaud ?

– Eh bien quand vous m’avez proposé un café avec vue sur la plage, je n’imaginais pas ça… comme ça !! »

Je me mets à rire, d’un rire de fond de gorge. Cette fille est décidément surprenante ! Avec plaisir, je m’assieds à côté d’elle, acceptant bien volontiers un café, sans sucre puisqu’elle le prenait toujours sans, comme elle me l’expliquait avec animation. Et oui, je n’étais pas prévu !

Elle ne cesse de parler de tout, de rien, s’arrêtant parfois pour siroter son jus d’orange, ou parfois encore pour avoir une réponse de ma part. J’acquiesce d’un mouvement de tête, me surprend à regarder la plage avec ses yeux à elle. Je me sens bien avec elle. Ça me rappelle les bons moments que j’ai pu voler à l’emploi du temps de Sabine.

Sabine ?

Ce temps-là, celui d’elle et moi, me paraît si loin, si inaccessible. Quand je pense à tout ce qui a failli se produire, cette bascule de leur vie avec mes quelques mots, et quels mots …

Je sens une montée d’adrénaline envahir tout mon ventre. J’en pose mon café sur le sol, tremblant comme si j’avais la maladie de Parkinson. Mes souvenirs ! Ils sont là ! Sur le bout de la langue ! Hélas, c’est le moment précis que choisit le mal de crâne pour surgir, et le tableau s’efface d’un coup… comme une page noircie de crayon que l’on gomme inéluctablement et qui redevient blanche, presque immaculée…

Je sens une main fraiche se poser doucement sur mon bras. Elle me regarde attentivement et me demande d’une voix toute douce :

« Ça va ? Vous allez bien ?

– Oui, oui, sans doute ! C’est ce mal de tête qui est revenu brutalement ! »

Elle a l’air de ne me croire qu’à moitié, alors je rajoute voulant faire un peu d’humour :

« C’est qu’un souvenir a voulu se faufiler jusqu’à ma langue, mais au dernier moment, mon cerveau a refusé l’accès. Le conflit d’intérêt était trop fort, ce qui a provoqué cette douleur brusque et vive !

– Ça arrive parfois, il reviendra, votre souvenir, j’en suis sûre, surtout si c’en était un bon ! M’encourage-t-elle.

– Peut-être, je l’espère ! Je voudrais tant avoir la clé qui ouvre la porte des souvenirs… Avoir un passé, vous savez, c’est ce qui donne force au présent et un futur possible à l’avenir… Je me sens comme une voiture à qui il manquerait une roue, je suis tout de travers… Oh, je vous ennuie sans doute ?

– Pas du tout ! Si vous m’ennuyiez comme ça fait deux fois que vous me le dites, vous croyez vraiment que je serais encore là à vous écouter à l’heure du thé ? » me répond-elle sérieusement.

4 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. marieange
    Juin 24, 2011 @ 11:37:30

    ah ! merci Marie, j’attendais la suite impatiemment

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    Réponse

  2. claudielapicarde
    Juin 24, 2011 @ 16:35:04

    Lui il cherche la porte pour ouvrir ses souvenirs et beaucoup cherchent plutôt celle pour les fermer.
    bises

    J'aime

    Réponse

  3. Fayet
    Juin 26, 2011 @ 22:54:45

    Un petit déclic qui fera peut être avancer Nathan .
    Bonne soirée
    Bisous

    J'aime

    Réponse

  4. Rétrolien: Grand-Père ? Tu veux bien raconter encore quand t’étais anémzik ? « Mariessourire essence d'émotions

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